Interviews

3 questions à Daniel Normandin

Publié le 27 février 2018

Daniel Normandin, diplômé d’HEC Montréal, est depuis mars 2014 directeur exécutif de l’Institut EDDEC où Christian de Perthuis effectue un séjour comme Professeur Invité. M. Normandin a eu une carrière essentiellement universitaire, consacrée à la mise sur pied et au développement de diverses unités de recherche dans les domaines de l’environnement, du développement durable et de l’analyse du cycle de vie. Il est l’auteur de plusieurs rapports et articles sur ces sujets, et a notamment co-écrit l’ouvrage L’économie circulaire, une transition incontournable

  Quel est le rôle de l’institut EDDEC au sein de la communauté académique du Québec ?

L’institut EDDEC  a été fondé au printemps 2014 sous l’impulsion de HEC Montréal, de Polytechnique Montréal et de l’Université de Montréal. L’objectif était de fédérer le bassin de compétences en environnement, développement durable et économie circulaire (EDDEC) par la mise en œuvre de projets de recherche et de formation inter et transdisciplinaires. Le bassin est riche puisqu’on parle ici de plus de 400 professeurs et chercheurs, plus de 1500 étudiants aux cycles supérieurs et au-delà de 200 unités de recherche : laboratoires, groupes, centres, chaires, etc. Ayant accès au plus grand bassin de scientifiques francophones au Canada en EDDEC, l’Institut couvre ainsi tout le spectre des disciplines scientifiques, des sciences humaines et sociales aux sciences économiques et aux sciences naturelles, en passant par l’ingénierie.

Quelles interactions voyez-vous entre la transition énergétique et l’émergence d’une économie circulaire ?

L’économie circulaire repose sur l’optimisation de l’utilisation des ressources qui circulent déjà dans l’économie de manière à réduire la pression sur les ressources vierges en amont et cesser leur élimination en aval. En réduisant le gaspillage, il s’agit d’inscrire la production et la consommation à l’intérieur des capacités limites de la planète. C’est un défi énorme sachant que moins de 10% des flux de matières (et d’énergie) sont actuellement circularisés à l’échelle mondiale. Mais c’est également une importante source d’opportunités. La transition énergétique impose une forte consommation de métaux et minéraux, dont certains sont rares et déjà sous tension. Il faudra de plus en plus d’énergie pour les extraire de la croûte terrestre et les concentrer. Beaucoup de ces précieuses ressources se retrouvent dans les sites d’enfouissement ou alors dispersées dans la nature sous forme de pollution à cause de notre modèle linéaire. En circularisant les flux, nous devrions être à même d’assurer une transition énergétique avec une pression moindre sur les ressources vierges, mais cela implique une transformation des modes de production/consommation.   

Quel regard portez-vous sur les projets de la Chaire Économie du Climat ? ​

 Les travaux de la Chaire m’apparaissent très pertinents, notamment dans le contexte d’une transition vers l’économie circulaire. Ils permettent de s’attaquer non seulement au gaspillage énergétique en travaillant sur des outils économiques innovants, mais également d’anticiper des effets rebonds liés à des solutions qui peuvent, a priori, apparaître séduisantes. Les politiques rêvent de solutions simples (et miraculeuses) pour répondre à des enjeux qui sont infiniment complexes. Les travaux effectués par la Chaire leur apportent un éclairage objectif et critique. Je suis persuadé qu’il y a de nombreuses synergies à trouver entre le programme de recherche de la Chaire et les approches pluridisciplinaires développées à l’institut EDDEC.