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J’ai lu pour vous : L’Homme Inutile de Pierre-Noël Giraud

Publié le 27 novembre 2018

A quoi devraient servir les sciences économiques ? Selon Pierre-Noël Giraud[1], l’économie doit servir à fournir des solutions pour réduire les inégalités, ou plus précisément, l’inutilité. Ce concept d’inutilité vise à généraliser les notions de pauvreté et d’inégalité et se définit comme un manque total de perspective pour améliorer sa propre condition ou celle de son entourage. L’inutilité peut alors autant caractériser l’extrême pauvreté des pays en voie de développement que le chômage urbain de longue durée dans les pays développés.

L’ouvrage aborde la situation des hommes inutiles dans une économie agrégée en trois pans : l’environnement, la globalisation et la finance. L’auteur en donne son analyse économique et prospective laissant entrevoir différents futurs. Des orientations générales de politiques publiques visant à éradiquer l’inutilité sont énoncées dans un dernier volet.

Sur le premier thème, l’auteur démystifie l’épuisement des ressources naturelles fossiles et les scénarios apocalyptiques liés au changement climatique. De plus, ce dernier illustre la complémentarité entre le capital technique (appareil de production), naturel (santé des écosystèmes), humain (population et éducation) et social (santé des institutions). Le changement climatique nécessite en particulier de réorienter l’investissement en capital technique au profit des trois autres. Faute de quoi, une trop forte tension sur le capital naturel alimente les ruraux déchus de ressources naturelles dans les trappes d’inutilité urbaines.

L’inutilité est également le produit des globalisations (commerciales, financières et technologiques) qui viennent différencier les emplois entre nomades et sédentaires. Les emplois nomades (agriculture, industrie et services associés) sont exportables et font face à une concurrence internationale féroce tandis que le sort des sédentaires (services publics et privés) dépend désormais de la réussite des premiers. Quand la globalisation a pour effet de détourner les nomades de la consommation de biens locaux, les trappes d’inutilité s’ouvrent. L’auteur explore ainsi les dynamiques migratoires à travers ce prisme.

La force de l’ouvrage réside dans son cadre analytique et ses concepts originaux : la première partie en offre un exemple étonnant. On aurait aimé retrouver la même rigueur dans l’intégralité de l’essai, en particulier dans sa partie finale sur la montée des populismes.

[1] Pierre-Noël Giraud, L’homme inutile, Odile Jacob, Paris, 2018, 288 pages, 9,90 €.